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Comment l’Enseignement catholique se situe-t-il face au débat sur la laïcité ? Il considère qu’une mauvaise perception de la « question religieuse » ne permet pas d’apporter les bonnes réponses. La laïcité n’est pas la négation d’une dimension religieuse de la société, mais la neutralité de l’Etat face aux religions. Etat laïc ne signifie pas société laïque. Notre république est aujourd’hui confrontée, au moins dans le débat des médias, à devoir choisir entre la prise en compte positive de la dimension chrétienne de son histoire comme « constitutive » de l’identité nationale ou à la nier au nom de sa neutralité ou d’une égalité de traitement avec l’islam. Le meilleur remède à l’intégrisme en France, ce n’est pas la laïcité, c’est l’approfondissement de sa foi et l’affirmation de valeurs qui rendent compte de la nature religieuse de l’homme et des acquis de l’humanisme chrétien. Le Saint-Père ne dit rien d’autre lorsqu’il revendique que soit mentionnée la dimension chrétienne de l’Europe dans la constitution. Les établissements catholiques sont-ils soumis aux mêmes lois que les établissements publics ? Oui et non. Oui sous le rapport où la loi Debré précise que « dans les classes faisant l’objet du contrat, l’enseignement est dispensé selon les règles et programmes de l’enseignement public ». Mais il est également reconnu par la loi que l’établissement peut donner cet enseignement en référence à son caractère propre. Michel Debré lui-même, Premier Ministre, déclarait à l’Assemblée Nationale, le 24 décembre 1959 : « Quand on veut une coopération des enseignements (…) ce n’est pas pour imposer le silence sur les données fondamentales auxquelles croient les enseignants ». Au moment où certains politiques sont allés jusqu’à envisager la suppression des signes religieux dans les établissement catholiques en contrat avec l’Etat, pour le motif qu’ils participent au service public d’éducation, cette affirmation prend une saveur particulière… Non, dans la mesure où cette même loi Debré précise en son article 4 : « Les établissements organisent librement toutes les activités extérieures au secteur sous contrat ». Il n’y a donc pas lieu d’interdire les crucifix ou les signes religieux dans les écoles catholiques. Qu’est-ce que le « caractère propre » des établissements privés sous contrat ? C’est l’ensemble des particularités d’un établissement, rendues possibles par son statut privé : autonomie de fonctionnement, projet spécifique, inspiration éducative, etc. Pour les écoles catholiques, il s’agit principalement de son caractère catholique (99% des établissements en 1959, 85% actuellement). Dans ce sens, l’association au service public est bien la reconnaissance que le service éducatif donné par nos établissements est un véritable service d’intérêt général. De ce point de vue, ce n’est pas parce que nous sommes en contrat avec l’Etat que nous rendons un service public d’éducation. C’est parce que nous rendons, par notre projet éducatif fondé sur l’Evangile, un service d’intérêt général reconnu par l’Etat, que nous lui sommes associés par contrat. Il y a là un « compromis à la française » qui illustre bien que dans le cadre d’une laïcité apaisée, l’Etat peut reconnaître le rôle social de l’Eglise et le soutenir, de manière régulée et contrôlée, dans les domaines où l’Eglise participe au service de la nation. Une législation sur le port du voile à l’école –fût elle dans l’enseignement public- représente-t-elle un danger pour l’Enseignement catholique ? Une faute, plus qu’un danger, et pas seulement pour l’enseignement catholique. D’abord parce que l’on confond un problème moral (image ou dignité de la femme par exemple) et politique (contestation des lois de la république) avec un symbole religieux. Aucun autre symbole religieux qui serait visé par la loi ne pose aujourd’hui ce type de problème. Et ensuite parce qu’on ne légifère pas pour l’ensemble des religions lorsque l’on ressent une menace de la minorité de l’une d’elles. Ce n’est pas de cette manière qu’on luttera contre le fondamentalisme ou l’intégrisme. On risque au contraire de l’exacerber. C’est plutôt en comblant le vide moral et spirituel actuel, au sein duquel se développent les dérives sectaires et les intégrismes, et en favorisant l’action de ceux qui contribuent, fût-ce en raison de leur foi, à vivre et à promouvoir des valeurs conformes à la dignité de la personne humaine. C’est par exemple reconnaître qu’en formant ses élèves à la lumière de l’Evangile, l’école catholique ne forme pas de mauvais citoyens ! Frédéric GAUTIER, Directeur diocésain Entretien publié par Paris Notre-Dame, nov. 2003 |