Au delà de la tolérance, la rencontre
des religions
Dennis GIRA
Conférence à Notre-Dame de Sion, le 17 novembre
2003
Devant les APS et chefs d’établissement d’Île-de-France
Courte synthèse
Il
n'y a toujours que le plus fort qui puisse tolérer le plus faible. Il suffit de
faire l'expérience d'être soi-même « toléré » pour le comprendre. A
celui que je tolère, je n'accorde que le droit d'avoir tort ; mais ce qu'il est
ou ce qu'il pense est sans intérêt pour moi. Au contraire, dans un dialogue,
l'autre et ce qu'il dit ont de l'importance pour moi.
Dans
ce dialogue, l'honnêteté exige de juger d'une doctrine par ses sommets et pas
ses sous-produits (A. Camus). Pour un chrétien, cela signifie qu'il doit déjà
découvrir les sommets de sa religion avant de dialoguer.
La
démarche des sciences des religions est d'étudier le phénomène religieux à
partir des sciences humaines. Toutes les religions y sont à égalité. Le
témoignage personnel du croyant n'y est pas essentiel : l'expérience
spirituelle n'est pas la référence. La théologie des religions n'a pas la même
démarche : elle me situe en chrétien. La science des religions me dit qui est
l'autre, et la théologie me situe par rapport à lui.
L'Église
n'approuve pas seulement ce dialogue : Elle en fait un devoir pour tout
chrétien.
Pourtant
ce dialogue fait peur. En effet, comment reconnaître la vérité d'une tradition
religieuse et ne pas relativiser du même coup sa foi ? La vérité
serait-elle autre ou plus grande que celle qui m'a été révélée ? On peut même
avoir la peur de disparaître, avec toute sa tradition, comme l'évoque Mgr Lefebvre
lors de son ordination de quatre évêques, et refuser alors l’œcuménisme et l'esprit
d'Assise.
Ce
dialogue est un mystère : pas au sens de ce qu'il faudrait renoncer à
comprendre mais de ce qui échappera toujours à nos représentations. La
théologie nous dit qu'aucun homme n'existe indépendamment de Dieu, présent à
chacun. Il est ontologiquement orienté vers Dieu. L’homme ne s'accomplit pas et
ne trouve pas son bonheur sans Dieu.
Puisque
la présence de Dieu est constitutive de l'homme, celui-ci fait l'expérience
intérieure de Dieu avant même d'entrer dans une activité symbolique pour
l'exprimer. Les différentes religions sont le fruit de cet effort de l'homme
pour exprimer son expérience spirituelle, fortement déterminée par son
environnement culturel, sa langue... Les religions, prises au sérieux dans une
théologie chrétienne, nous ouvrent donc au mystère de Dieu et au mystère de
l'homme. Cela ne veut pas dire que tout est indifférent. « L'Esprit
souffle où il veut » ; Mais il ne souffle pas partout ! Déjà dans
notre propre vie, nous constatons de la nécessité du discernement.
Ce
Dieu présent à tous a pris chair en Jésus-Christ. Il nous révèle ainsi à la
fois qui est Dieu, et à quoi nous sommes appelés. Aux apôtres qui lui demandent
« Montre-nous le Père ! », Jésus répond que la seule voie d'accès à Dieu est
dans sa vie et ses actes. Ainsi Dieu se révèle comme celui qui laisse l'homme
libre et le remet debout, celui dont les jugements ne condamnent pas (dans un
système de peines et de récompenses) mais dont les jugements guérissent du mal,
celui dont la toute puissance est dans l’amour crucifié.
Enfin,
c'est l'humilité qui nous pousse au dialogue : Parce que, comme à un enfant, certaines
choses nous demeurent cachées. Que la plénitude de la vérité soit reçue en
Jésus-Christ n'est pas la garantie que nous l'avons entendue ! Les
chrétiens sont invités à se laisser interpeller par la vérité et à accepter que
leur compréhension du mystère de Dieu soit purifiée.
Dans le regard des autres, il y a toujours à découvrir, même sur la personne dont nous sommes le plus intime.