DÉFITS ÉDUCATIFS ET ÉCOLE CATHOLIQUE

 

« La plus grande gloire de Dieu, c’est un homme debout, réussi, à son image. » (Saint Irénée)

 

Après avoir constaté les décalages entre la société et l’école, l’Enseignement catholique décidait en l’an 2000 d’appeler l’ensemble des communautés éducatives à entrer dans une démarche de réflexion et d’action visant à « repenser l’école autrement ». Au seuil du troisième millénaire, de nouvelles « résolutions » ont parfois surpris, de temps en temps dérangé, mais n’ont laissé personne indifférent. Il s’agissait pour l’Enseignement catholique d’approfondir et de réactualiser le sens de sa présence au cœur du système éducatif français, avec la volonté d’être fidèle à sa source inépuisable, l’Évangile, et à tous ses fondateurs qui, par des réponses audacieuses, ont su relever des défis éducatifs nouveaux. Rôle et missions de l’école, sens de la personne à construire, cohérence de nos établissements entre le projet et ce qui se vit : vaste programme !

 

À Paris, cet enthousiasme coexiste avec un vif regret : celui de voir s’allonger d’année en année les « listes d’attente » à la porte de nos établissements en raison du manque de moyens… Cette question du développement, tout en étant importante, ne constitue cependant pas notre souci prioritaire. « Faire nombre » ne peut pas constituer un objectif en soi. La démarche des Assises ne serait que gesticulation si l’invitation à innover ne s’accompagnait pas d’une réflexion sur l’anthropologie qui fonde nos recherches. Quatre préoccupations émergent :

 

1. – Proposer explicitement la foi

 

Les établissements catholiques d’enseignement accueillent de nombreux élèves appartenant à d’autres religions – ou sans religion – tant par les obligations contractuelles qui s’imposent à eux, qu’en raison même du projet chrétien dont ils se réclament. La Bonne Nouvelle de Jésus-Christ n’est pas réservée à un club fermé. « Évangéliser, pour l’Église, c’est porter la Bonne Nouvelle dans tous les milieux de l’humanité et, par son impact, transformer du dedans, rendre neuve l’humanité elle-même. » (Paul VI, Exhortation apostolique sur l’évangélisation, décembre 1975)

 

Par son ouverture au plus grand nombre, l’École catholique, sans renoncer à dire sa spécificité, mais en respectant chacun, est donc invitée à proposer un sens nouveau de l’existence : apprendre à construire sa pensée, à vouloir et à agir selon l’Évangile. Elle laisse la place, par son organisation, à des moments privilégiés où sont prévus un éveil à la foi, une culture chrétienne et une catéchèse. Pour ces raisons, une école catholique est appelée à travailler étroitement avec la paroisse dont elle dépend : c’est le renforcement de cette orientation depuis quelques années qui a permis la création de nombreux Centres de loisirs communs fédérés par  la FACEL1, dans le cadre d’une réflexion du diocèse sur l’organisation du temps scolaire et la catéchèse.

 

2. – Éduquer la conscience morale

 

Recevoir la révélation de la source du Bien et de la grandeur de l’homme, connaître les exigences d’un véritable combat moral, découvrir à quel prix se forme une volonté, tout cela fait partie de l’éducation que beaucoup de croyants et d’incroyants ont reçue de l’Église. L’école – fut-elle catholique – ne peut remplacer ni la famille, ni la société. Elle ne remplira cependant sa mission que si elle permet à chacun de mieux remplir la sienne.


3. – Forger une identité culturelle

 

Un des éléments de son projet éducatif tire son origine de la nature de l’école catholique: la synthèse entre culture et foi. Les diverses disciplines à enseigner ne présentent pas seulement des connaissances à acquérir mais des valeurs à assimiler et des vérités à découvrir.

 

4. – Rendre visible la communauté chrétienne au sein de l’école

 

À l’heure où l’on voudrait de plus en plus renvoyer la religion à la « sphère du privé », il est important de rappeler qu’il n’est pas de religion sans communauté, qu’il n’est pas possible de dissocier la foi chrétienne et la vie en Église. La communauté chrétienne qui anime du dedans la communauté éducative n’est pas une fin en soi, mais témoignage et appel auprès des enfants, des jeunes et des familles. La formation professionnelle et pastorale est un souci constant de la Direction diocésaine pour les Chefs d’établissement, les enseignants et pour tous ceux qui ont plus directement en charge l’animation spirituelle et la catéchèse.

 

L’éducation présuppose et implique toujours une conception déterminée de l’homme et de la vie. Les établissements catholiques d’enseignement de Paris, implantés dans tous les secteurs de la capitale, sont une chance pour les enfants et les jeunes. Certes, les « programmes scolaires » sont touffus et une école catholique doit être avant tout une « bonne » école ! Mais il est un programme plus subtil et qui donne du sens aux défis éducatifs qu’elle se donne : permettre aux jeunes de fonder une intériorité, de passer du savoir à la réflexion, de l’interdit aux valeurs, de l’émotion immédiate aux sentiments. Grandir en humanité, c’est ouvrir un chemin de bonheur avec Jésus-Christ. Au sein de cette mission, l’École catholique prend toute sa mesure et sa signification.

 

                Jean-Paul CHARLES              Frédéric GAUTIER

                Directeur diocésain adjoint     Directeur diocésain de Paris

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L’Enseignement catholique de Paris et la loi sur la laïcité

Des racines et des Fruits



1 Fédération des Associations Culturelles Éducatives et de Loisirs