22 janvier 2015

Les motivations religieuses demeurent fécondes pour légitimer les exigences d'une liberté respectueuse

La minute de silence demandée le 8 janvier par le Président de la République fut dans les établissements catholiques de Paris un temps paisible de recueillement pour les uns et de fervente prière pour les autres, y compris dans les communautés éducatives accueillant indifféremment des familles juives et musulmanes, parfois en forte proportion. Est-ce fortuit ?

 

Depuis de nombreuses années, nous faisons le constat que les motivations des familles juives et musulmanes, y compris de milieux modestes, pour l'inscription de leurs enfants, sont explicitement religieuses. «Ici on parle de Dieu», «Dieu est connu et reconnu» nous disent-elles. Par ailleurs, la perception que ces familles ont souvent de l'école publique est la négation de la dimension religieuse et l'absence de contenu éducatif au sens «moral» du terme, en dépit de «valeurs républicaines» constamment rappelées, mais considérées comme purement formelles et inopérantes.

 

La foi qui inspire nos attitudes éducatives et l'esprit de nos relations avec les élèves et les adultes est perçue par ces familles comme la mise en œuvre de nos convictions chrétiennes souvent en analogie avec leur propre manière de voir ou de faire, ou avec leurs exigences éducatives. Nos convictions morales et civiles peuvent se fonder sur la foi, comme elles peuvent trouver leur justification dans une «morale laïque» issue du sens commun. La tradition du dialogue entre Foi et Raison dans l'Église catholique, la promotion de la liberté de conscience et la distinction classique entre «spirituel» et ««temporel» sont de ce point de vue des principes déterminants. Mais les motivations religieuses demeurent, d'expérience, plus efficaces et plus fécondes pour légitimer, pour nos élèves, les exigences d'une liberté respectueuse d'autrui, d'une égalité devant la règle qui ne nie pas les différences anthropologiques fondamentales, d'une fraternité qui provient de la reconnaissance d'un même Dieu -Père.

 

L'école catholique associée à l'État par contrat est perçue par beaucoup de familles juives et musulmanes comme étant tout à la fois «L'École de l'Église catholique» et «l'École de la République». Se joue alors en son sein, pour les élèves comme pour les parents, un processus d'identification qui unit la dimension religieuse à une France qui la reconnaît et la respecte comme telle dans une institution éducative, et non qui la nie ou la cantonne dans la seule sphère du «privé» au nom de la «laïcité».

L'actuelle sacralisation de la dérision religieuse joue très efficacement contre l'intégration souhaitée, dans une forme d'irresponsabilité qui suscite ce qu'elle dit vouloir éviter. Bossuet s'est déjà gaussé de cette inconséquence: «Dieu se rit des hommes qui dénoncent des faits dont ils chérissent les causes».

 

La promotion de la «laïcité» est aujourd'hui présentée comme le seul outil efficace de promotion de la paix civile. Ce discours échouera tant qu'il ne sera que la définition d'une «règle du jeu» visant à assurer une coexistence pacifique, car méconnaître la soif spirituelle de notre jeunesse continuera de faire le lit des quêtes radicales dévoyées. Il conviendrait bien mieux de proposer à nos jeunes, par les programmes scolaires, par les projets éducatifs, des schémas d'identification susceptibles de leur faire aimer la France, toute son Histoire depuis 20 siècles… et de se reconnaître citoyens d'une France qui ne peut être réduite à celle de Charlie Hebdo. Ce qui suppose de réfléchir autrement à bien d'autres conditions qu'éducatives et scolaires…

 

Beaucoup d'écoles catholiques associées à l'État par contrat apparaissent aujourd'hui, et de plus en plus, comme des lieux efficaces d'intégration de familles juives et musulmanes au sein de la Nation, en raison même de leur référence chrétienne et de leur capacité à promouvoir en leur sein un authentique dialogue inter-religieux. Ne pourrait-on s'en inspirer ?

 

Frédéric GAUTIER

Directeur diocésain de l'Enseignement catholique de Paris

Figarovox, 22 janvier 2015