7 novembre 2006

Parler à tous !

L'Enseignement Catholique, ouvert à tous par choix pastoral, est l'un des lieux où l'Eglise associe massivement à une oeuvre d'éducation des « hommes et des femmes de bonne volonté » qui bien que ne partageant pas la foi catholique contribuent efficacement à son projet éducatif. Dès lors, l'affirmation publique de convictions religieuses fortes nous conduit-elle fatalement à susciter des réactions d'incompréhension ou d'opposition au sein de nos communautés éducatives ?

 

Le registre minimaliste des valeurs humanistes peut sembler bien pauvre à ceux qui se sont engagés au nom de leur foi en Jésus-Christ. Le rappel de la mission ecclésiale peut sembler trop « décalé » à ceux qui cheminent encore ou inopérant pour ceux qui ont parfois rebroussé chemin.

Voilà bien la problématique des directeurs diocésains et des chefs d'établissement lorsqu'au nom même de leur mission ecclésiale, ils sont amenés à s'adresser, dans les établissements scolaires, à « ceux qui croient au ciel » et « à ceux qui n'y croient pas ». Il nous faut donc réfléchir à une pédagogie de la parole publique éclairée par ce constat: pour être crédible pour tous, il faut être audible par tous. Car ce qui est en jeu, c'est aussi l'unité de nos communautés éducatives autour de ce qui fait le « socle commun » de la diversité de nos engagements : la promotion de la personne humaine dans toutes ses dimensions (1).

Dans cette perspective nous avons au sein de nos établissements à mener une oeuvre de réconciliation. Celle des valeurs humaines avec les Béatitudes, celle de la raison avec la foi, celle de la communauté éducative avec la communauté chrétienne. Il y va de notre « catholicité » dans les deux sens du terme: l'ouverture à tous pour une annonce de Jésus-Christ à tous.

Cette ouverture à tous, élèves, parents ou enseignants, ne trouve en effet son sens que dans une universalité constamment référée à l'unicité du Christ, modèle d'humanité proposé à toute personne. C'est par le Christ que peuvent se réconcilier le service de l'Homme et le service de Dieu. Parce qu'Il est Dieu qui vient à nous avec un visage humain, se faisant proche de tout homme, du plus riche au plus délaissé, du premier au dernier de la classe.

Ainsi l'affirmation de notre identité et de notre misison passent-t-elles du « normatif » au « figuratif ». Notre projet éducatif a un visage. Notre manière de faire, ce devrait être la manière du Christ. Ce n'est qu'en liant le Christ en son corps ecclésial et le Christ dans le prochain que notre discours sera non seulement audible, mais crédible. Et que se réalisera ce que l'Eglise dit de l'école catholique: « Ce qui lui appartient en propre, c'est de créer pour la communauté scolaire une atmosphère animée d'un esprit évangélique » (Grav. Educ. N°8).

Dans cet esprit, l'ajustement de notre discours à notre auditoire ne relève pas d'abord de l'art oratoire ou de l'habileté rhétorique. La forme que prend l'expression publique de nos convictions doit aussi pouvoir porter et traduire par elle-même le fond de ce que nous voulons annoncer au nom même de notre foi en Jésus-Christ.

Puissent nos évêques réunis à Lourdes trouver les mots justes pour que le rappel de notre mission d'Eglise au service des familles et de la nation, non seulement encourage les chrétiens les plus convaincus et leur donne des raisons d'espérer, mais rejoigne et reconnaisse aussi « les hommes et les femmes de bonne volonté » qui partagent notre passion d'éduquer.


Frédéric GAUTIER
Directeur diocésain de l'Enseignement catholique de Paris

 

(1) « La personne de chacun, dans ses besoins matériels et spirituels est au centre de l'enseignement de Jésus: c'est pour cela que la promotion de la personne humaine est le but de l'école catholique.» Jean-Paul II

Paru dans Le Figaro du 7 novembre 2006


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